Manger chez quelqu'un : compter sans rien peser
Que noter quand ce n'est pas vous qui servez ?
Notez le repas en une seule ligne, avec une estimation volontairement large — un chiffre rond, plutôt haut que bas — et passez à autre chose. Chez des proches, à un menu imposé, à un repas d'entreprise, l'objectif n'est pas d'être juste à 50 kcal près : c'est d'avoir une entrée dans le journal au lieu d'un trou.
Et il faut séparer deux choses qu'on mélange presque toujours.
Ne pas pouvoir mesurer est un problème de suivi. Il a des solutions, et elles sont décrites plus bas.
Ne pas pouvoir choisir n'en est pas un. C'est une situation sociale, et aucune méthode de comptage ne la règle. Vous êtes invité, on vous sert une assiette : le suivi doit s'adapter au repas, pas l'inverse.
Une erreur de 300 kcal, ça coûte quoi exactement ?
Faisons le calcul, parce qu'il rassure. Un kilo de masse grasse représente environ 7 700 kcal. Si vous sous-estimez un repas de 300 kcal une fois par semaine, l'écart sur un mois est d'environ 1 200 kcal — soit à peu près 150 g. C'est moins que ce que votre poids bouge entre le lundi et le mardi.
Maintenant comparez avec l'alternative réelle. Un repas non noté ne vaut pas zéro : il vaut peut-être 1 200 kcal. L'erreur n'est plus de 300, elle est de 1 200 — et elle est invisible, donc impossible à corriger.
La seule situation où ce raisonnement ne tient plus, c'est la fréquence. Un repas estimé par semaine se noie dans la moyenne ; quatre repas estimés par semaine, c'est votre moyenne. Dans ce cas, le problème n'est plus l'estimation, c'est l'arithmétique de la semaine entière.
Avant : décider quelle partie de la journée est la variable
La tactique la plus efficace ne demande aucune balance : elle consiste à choisir, le matin, lequel des repas de la journée sera l'inconnu.
Si le dîner chez vos parents est l'inconnu, alors le petit-déjeuner et le déjeuner sont des repas que vous connaissez par cœur, notés au gramme, sans réfléchir. La journée contient alors une seule estimation au lieu de trois. C'est exactement le principe de noter ses repas à l'avance : on fixe ce qui est fixable pour n'avoir qu'une case floue.
Deuxième décision utile, à prendre avant d'arriver : quelle partie de l'assiette sera la variable. En général vous saurez à peu près ce qu'il y a dans le plat principal, et pas du tout combien d'huile, de crème ou de beurre il a reçu. C'est normal — ce sont précisément les calories que personne ne note, et chez quelqu'un d'autre elles sont totalement hors de votre portée.
Troisième point, à contre-courant : n'arrivez pas affamé. Sauter le déjeuner pour « faire de la place » se paie à l'apéritif, où les calories passent le plus vite et se comptent le plus mal.
Qu'est-ce qui fait vraiment bouger le total ?
Pas la viande, pas les légumes. Ce sont les choses grasses, liquides et répétables. Quelques ordres de grandeur usuels (les tables publiques comme USDA FoodData Central donnent toutes à peu près ceci) :
une cuillère à soupe d'huile : environ 90 kcal, et un plat familial en contient rarement une seule ;
30 g de fromage à pâte dure : environ 120 kcal, donc deux ou trois morceaux au plateau font déjà 300 ;
30 g de cacahuètes à l'apéritif : environ 180 kcal, et personne ne compte les poignées ;
un verre de vin de 12,5 cl : environ 85 kcal, un chiffre qui mérite son propre calcul quand les verres se suivent ;
une part de tarte aux pommes : environ 300 kcal.
Vous n'avez pas besoin de retenir cette liste. Vous avez besoin de savoir que votre estimation doit être généreuse surtout sur ces postes-là, et qu'une portion de riz ou de pommes de terre en plus ou en moins ne change presque rien à côté.
Après : une ligne, généreuse, signalée comme incertaine
La mauvaise façon de noter ce repas est de le détailler : « 142 g de blanquette, 87 g de riz, 23 g de pain ». Ces chiffres sont inventés, mais ils ont l'air mesurés, et dans trois semaines vous les relirez comme s'ils l'étaient. C'est de la fausse précision, et c'est pire qu'un chiffre franchement approximatif.
La bonne façon tient en une phrase : « repas de famille — apéritif, blanquette et riz, fromage, tarte, deux verres de vin : environ 1 400 kcal ». Un seul total, arrondi vers le haut, saisi en vingt secondes. C'est d'ailleurs pour ce genre de cas que Day So Far prend une description en langage courant plutôt qu'une recherche d'aliments : il n'y a rien à chercher, il y a une phrase à écrire. La logique d'estimation est la même que pour un plat maison ou un plat au restaurant.
Et marquez l'entrée comme incertaine — une note, un tag, peu importe le moyen. Ça compte pour une raison précise : si votre suivi ajuste votre objectif en comparant ce que vous avez noté à ce que la balance fait sur une quinzaine, une estimation trop basse lui apprend que vous dépensez moins que la réalité. Une estimation trop haute, ou signalée comme floue, ne l'induit pas en erreur de la même façon.
Faut-il sortir la balance, ou refuser le plat ?
Non, dans les deux cas. Peser la cuisine de quelqu'un chez lui, ou laisser la moitié de l'assiette pour que le chiffre tombe juste, c'est accepter un vrai coût — social, et sur votre envie de continuer le suivi la semaine suivante — pour acheter une précision de 200 ou 300 kcal qui ne vaut pas ça. Le mauvais échange n'est pas l'erreur d'estimation. C'est d'avoir rendu le comptage incompatible avec les repas qui comptent.
Le lendemain, reprenez simplement votre journée habituelle. Rien à rattraper, rien à compenser : un repas estimé largement et noté quand même a déjà fait tout le travail qu'on pouvait lui demander.